Qui était Yegba Maya,le premier Camerounais à briller avec Marseille

Joseph Yegba Maya était un attaquant puissant, pouvant être très maladroit lors d’un match mais qui avait un sens incroyable du but ( il inscrira sa dizaine de pions par saison et dépassera même les vingt quelques années ). Il se fera connaître sous les couleurs de Marseille qu’il aidera à remonter en D1 et il lui fera également gagner la coupe de France 1969 en inscrivant les deux buts de la victoire. Ensuite il ira faire les beaux jours de Valenciennes ( qu’il aidera aussi à remonter dans l’élite ), Strasbourg ( où cela ne se passera pas trop bien ) et de Béziers avant de raccrocher définitivement.

JOSEPH YEGBA MAYA

Joseph Yegba Maya est né en 1944 à Otélé au Cameroun. Il commencera le football comme la plupart des petits africains dans la rue avant de fréquenter divers petits clubs du fait que son père déménageait souvent à cause des nombreuses mutations liées à son métier de mécanicien des chemins de fer. Il montrera vraiment ses qualités de footballeur du côté du Dragon Club de Yaoundé qui évoluait en première division alors qu’il n’était encore qu’un gamin à peine âgé de seize ans. En 1960 il quittera le Cameroun afin de venir en France pour rejoindre son frère aîné, Marcel, qui vivait à Marseille et au début Joseph voulait devenir mécanicien comme son frangin mais il était un peu beaucoup perdu dans cet nouvel univers qui était tellement différent de ce qu’il avait connu dans son Cameroun natal. Heureusement qu’il avait le football pour oublier un peu ses soucis car il avait signer une licence au Gallia Chutes-Lavie, club de quartier marseillais, et là en enquillant les buts il reprendra du plaisir à la vie le temps d’une rencontre. Et grâce à de belles prestations le camerounais commencera à se faire un nom et surtout remarquer par quelques recruteurs dont un de l’Olympique de Marseille qui en parlera à ses dirigeants. Et ainsi ces derniers iront superviser Yegba Maya lorsque son équipe affrontera la réserve de l’O.M en coupe de Provence et là le jeune africain inscrira quatre buts même si lui et ses partenaires perdent la rencontre par cinq buts à quatre après prolongations. Et le pont positif de ce match sera qu’à la fin de celui-ci les dirigeants phocéens demanderont à Joseph de venir les voir le lendemain au Stade et ce sera comme cela que l’histoire d’amour entre le camerounais et l’Olympique de Marseille débutera.
Alors Joseph entrera dans un monde irréel à ses yeux du fait qu’il sera logé dans une chambre de l’Hôtel de la Préfecture, nourri, blanchi et motorisé pour venir aux entraînements et qu’il fallait qu’il ne pense qu’au football. Les matins il s’entraînait avec les professionnels et avec les Juniors les après-midi et le mercredi le club obligé les pros de venir s’occuper des gamins voulant apprendre le football et ce sera ainsi que Yegba Maya aura sous son aile un môme de neuf ans nommé Rolland Courbis. Il jouera son premier match de D1 avec l’O.M, qui venait de la retrouver, en Novembre 1962 lorsque le coach Armand Penverne le lancera pour un match contre Sedan avec une défaite 4-0 à la clé. En tout et pour tout il ne disputera que quatre rencontres pour deux buts toutes compétitions confondues pour la saison 62/63 dont trois matchs pour un pion en championnat où les phocéens termineront bons derniers avec 26 points ( 9 victoires, 8 nuls et 21 défaites ). Pour ses débuts en professionnel cela n’aura pas été facile pour Joseph en découvrant l’ambiance méditerranéenne lorsque rien ne va à l’intérieur de l’O.M ( résultats désastreux et changements d’entraîneurs ( Penverne par Luis Miro en Décembre 1962 ) entre autres ).
Pour la saison 63/64 Marseille engagera un nouveau coach en la personne de Jean Robin et ce dernier utilisera beaucoup plus Joseph dans son onze type et de ce fait le camerounais disputera 18 rencontres pour quatre buts du championnat de D2 où les phocéens seront à deux doigts d’accrocher la quatrième place synonyme de disputer le barrage de relégation ( ils seront devancés d’un petit point par Toulon et Metz qui termineront troisième ex-æquo ). Avec l’arrivée de Mario Zatelli comme entraîneur, Joseph aura toute la confiance du nouveau coach et ainsi il deviendra pratiquement titulaire en disputant 25 rencontres pour sept buts mais si au niveau personnel tout se passait bien pour le camerounais ce sera tout le contraire au niveau collectif car les olympiens vivront une saison 64/65 catastrophique au point de flirter avec la relégation. Mais les marseillais réussiront à se maintenir de justesse en finissant quatorzième sur seize avec un minuscule point qui les séparait du quinzième. Vraiment une année à vite oubliée. Pour la saison 65/66 Joseph sera l’un des hommes forts de l’O.M, au même titre que les Jean-Paul Escale, Albert Sejnera, André Tassone, Guy Hatchi et Jean-Louis Buron, en inscrivant treize buts en 26 matchs et ses statistiques serviront beaucoup au beau parcours du championnat où les phocéens termineront à la seconde place avec deux points de retard sur le champion rémois. Mais cette position finale leur vaudra de retrouver la première division.
Pour essayer de tenir un rang convenable pour le championnat de D1 66/67 la direction marseillaise pratiquera un gros recrutement avec des joueurs comme Josip Skoblar, Maxime Fulgenzi, Jean-Pierre Destrumelle, Jules Zvunka, Louis Bonnel, Marcel Artelesa, Jean Djorkaeff et Robert Domergue comme coach ( une grande amitié naîtra entre lui et Yegba Maya ). Et là le camerounais formera un duo d’attaque avec Skoblar très efficace du fait que les deux hommes inscriront 28 buts sur les 44 marqués par l’équipe marseillaise dont quinze pour Joseph. Et cette association sera l’un des éléments essentiels de la très bonne saison de l’O.M où il terminera à une honorable neuvième place pour un promu avec sept points d’avance sur Toulouse et Nîmes qui devaient disputer le barrage de relégation. Le camerounais réalisera une saison 67/68 d’enfer en ne loupant aucune rencontre et surtout en inscrivant 18 buts qui lui vaudront de terminer troisième meilleur buteur du championnat à égalité avec le lyonnais Fleury Di Nallo mais un peu loin des 26 pions marqués par l’ajaccien Etienne Sansonetti. Car cette année là après le départ de Skoblar pour Hanovre 96, le coach Domergue avait beaucoup compté sur Joseph pour enquiller les buts et le camerounais sera l’un des points forts du bon championnat marseillais où les phocéens termineront à une excellente quatrième place à quatorze points du champion stéphanois.
La saison 68/69 verra l’O.M terminer au septième rang du classement mais au niveau personnel le camerounais fera encore une excellente année en disputant 32 matchs pour 21 buts et ces derniers lui permettront de finir encore une fois à la troisième position du classement des buteurs ex-æquo avec le stéphanois Salif Keita et à seulement quatre unités d’André Guy. A préciser que cette année la Yegba Maya sera bien alimenté par le nouveau venu en provenance de la Juventus de Turin, un certain Roger Magnusson. Le natif d’Otélé connaîtra ses premiers rencontres européennes et y inscrira un but en participant au premier tour de la coupe des Villes de Foire mais n’ira pas plus loin du fait que les marseillais ne pourront se débarrasser de Göztepe car à cause du 2-2 score cumulé ( 2-0 pour les turcs à l’aller et 2-0 pour les français au retour après prolongations ) ce sera par tirage au sort que le club phocéen sera éliminé. Le summum de cette saison 68/69 sera le très beau parcours en coupe de France où Joseph et les Jacques Novi, Joseph Bonnel et tous les autres s’adjugeront la compétition en battant en finale 2-0 le Bordeaux de Guy Calléja et Jacky Simon et le héros de cette coupe nationale sera le camerounais du fait qu’il aura marqué six buts en neuf rencontres.
Le championnat 69/70 sera tout aussi merveilleux pour Yegba Maya qui formera une attaque dynamite avec Charly Loubet, Roger Magnusson et Josip Skolbar qui inscriront à eux quatre 61 buts ( 24 pour le camerounais, 17 pour le français, sept pour le suédois et 13 pour le croate ) des 75 marqués par l’équipe phocéenne. Et deux de ces attaquants finiront aux premières places du classement des buteurs et ce seront Joseph à la seconde place à quatre unités d’Hervé Revelli et Loubet à la septième ex-æquo avec André Guy, Bernard Blanchet et Marco Molitor. Mais même avec ces grands buteurs Marseille ne pourra s’octroyer le titre de champion du fait que l’équipe phocéenne terminera au second rang du classement à onze points du champion stéphanois. En coupe des Coupes les méditerranéens iront jusqu’en huitièmes de finale qu’ils perdront 3-1 score cumulé contre le Dinamo Zagreb ( 1-1 à l’aller et défaite 2-0 au retour ).

JOSEPH YEGBA MAYA

JOSEPH YEGBA MAYA

JOSEPH YEGBA MAYA

JOSEPH YEGBA MAYA

Et là pendant l’été 1970 les dirigeants marseillais seront très intéressés de recruter le valenciennois Daniel Leclercq et mettront le camerounais dans la balance afin de concrétiser le transfert. Ainsi après huit années de présence dans le club phocéen, 202 matchs joués et surtout 103 buts inscrits en championnat Joseph acceptera de quitter la Canebière du fait aussi que Valenciennes venait d’engager son ancien entraîneur connu à Marseille, Robert Domergue. Pour la saison 70/71 Yegba Maya réalisera comme à son habitude une année pleine en inscrivant 22 buts sans louper un seul match du championnat et ainsi avec d’aussi bonnes statistiques il terminera une nouvelle fois aux premières places du classement des buteurs ( à la quatrième exactement avec un retard de 22 pions sur son ancien coéquipier, Skoblar ). Mais au niveau collectif même avec un groupe compétitif ( Michel Joly, Jean Sérafin, Jacky Duguépéroux, André Coustillet, Harald Klose, Daniel Rodighiero, André Houen et bien d’autres ) l’exercice sera très compliqué au point que les nordistes termineront à l’avant-dernière place du classement avec 29 points ( 10 victoires, 8 nuls et 20 défaites ). Mais même avec quelques départs du à la relégation, le club nordiste réalisera un gros parcours durant la saison 71/72 qui verra Joseph et ses coéquipiers finir premier du groupe B avec deux points d’avance sur Limoges. Et cerise sur le gâteau les valenciennois s’adjugeront le tire de champion de France de D2 après avoir disputé un mini championnat avec les deux autres premiers ( Sedan et Strasbourg ) en précisant que la rencontre entre les sedanais et les strasbourgeois n’aura pas lieu. Vraiment une grande année pour les nordistes car en plus de tout cela Yegba Maya sera même sacré meilleur buteur du groupe B avec 28 buts d’inscrits en 28 matchs de joués. Par contre le retour en D1 sera très difficile du fait que les résultats seront très médiocres et ce qui vaudra le limogeage de Robert Domergue et l’arrivée de Jean-Pierre Destrumelle que le camerounais a connu comme partenaire à Marseille. Mais rien n’y fera et les valenciennois finiront 19ème sur vingt avec 28 points ( 9 victoires, 10 nuls et 19 défaites ). Et cette année là Joseph ne marquera que onze buts en 36 rencontres et cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas inscrit aussi peu de pions.

JOSEPH YEGBA MAYA

Et là pendant l’été 1973 Yegba Maya décidera de quitter le Nord afin de s’engager avec Strasbourg pour pouvoir toujours évoluer parmi l’élite et ainsi il arrivera en Alsace en même temps qu’Ivan Hlevnjak, Giora Spiegel, Jacques Pauvert, Jacky Duguépéroux, Gilbert Gress et Dominique Dropsy et verra même les débuts des jeunes Albert Gemmrich et Yves Ehrlacher. Mais le début de l’exercice 73/74 ne sera pas trop terrible ce qui vaudra le licenciement de l’entraîneur Casimir Nowotarski en Novembre 1973 et ce sera Robert Domergue qui viendra lui succéder ( tout à la joie du camerounais de retravailler avec lui ). Et l’arrivée du nouveau coach donnera un grand élan à l’effectif strasbourgeois du fait que les résultats reviendront petit à petit et ainsi le Racing se maintiendra parmi l’élite en terminant au huitième rang du classement mais avec seulement quatre points d’avance sur le premier relégable. A préciser que lorsqu’il a signé à Strasbourg c’était pour remplacer Marc Molitor parti à Nice mais il aura un peu de mal à le faire oublier du fait qu’il n’inscrira que dix buts en 21 matchs.
Et que dire de la saison 74/75 qui sera très délicate pour le camerounais car du fait qu’il connaîtra des pépins physiques, une grosse panne d’efficacité et surtout l’éclosion des jeunes Gemmrich, Roland Wagner et voire Joël Tanter. Alors de ce fait jusqu’en Décembre 1974 l’ancien marseillais ne jouera que dix rencontres pour deux buts du championnat où les alsaciens finiront à une honorable neuvième place loupant l’Europe de cinq points. Et il ne participera même pas à un seul match de l’épopée en coupe de France où les strasbourgeois atteindront les quarts de finale qu’ils perdront 3-1 score cumulé contre le futur vainqueur de la compétition, l’ASSE de Christian Lopez et Patrick Revelli ( 2-0 pour les stéphanois à l’aller et 1-1 au retour ).

JOSEPH YEGBA MAYA

Alors voyant que Joseph n’était plus le grand buteur qu’il était quelques années auparavant, les dirigeants du Racing décideront de le laisser partir pendant la trêve hivernale de la saison 74/75 car ils avaient déjà dans leur tête le nom de son successeur, le polonais Andrzej Jarosik. Et là le camerounais trouvera refuge à Béziers, club de D2, et cette proposition l’avait intéressé beaucoup du fait qu’il se rapprochait de Marseille où vivait toute la famille de sa femme et également qu’il allait retrouver un ancien pote de l’O.M, Joseph Bonnel qui était entraîneur-joueur de l’équipe biterroise. Et ainsi il finira le championnat de D2 74/75 en disputant onze rencontres pour cinq buts et avec le peu de matchs joués il participera tout de même au maintien de Béziers qui finira treizième à trois points du premier relégable.
L’exercice 75/76 sera très compliqué pour l’ancien valenciennois car après dix rencontres pour sept buts ( pas mal ) il se blessera au genou qui le mettra hors service tout le reste de la saison. Alors ce sera des tribunes qu’il verra ses coéquipiers se maintenir en finissant neuvième avec une avance de huit points sur le premier relégable. A noter que pendant cette année là Joseph verra son petit frère Martin débuter en équipe première de Béziers en disputant deux petits matchs. Alors après cet ultime championnat Yegba Maya décidera de mettre un terme définitif à sa carrière, qui aura été bien remplie en terme de buts, du fait qu’il n’avait plus le niveau nécessaire pour jouer en professionnel.

JOSEPH YEGBA MAYA

N.B :

A l’annonce de sa retraite, Joseph Bonnel fera un petit commentaire : « Maya aurait dû faire encore mieux, une carrière exceptionnelle avec plus de volonté et de sérieux. A l’OM, les joueurs rentraient dans le stade en passant automatiquement dans le bureau du coach où ils étaient pesés. Et Maya en a passé du temps au sauna l’après-midi ! ». Et Maya lui répondra ceci : « La faute à Magnusson qui nous demandait tout le temps de sortir en boîte après les matchs. Il aimait la bière et nous le whisky… »

Sélection : 25

Joseph connaîtra 25 sélections avec l’équipe nationale du Cameroun de 1964 à 1974 avec laquelle il terminera troisième de la CAN 1972 ( organisée dans son pays natal ) après avoir perdu en demi-finales contre le futur vainqueur de la compétition, le Congo de François M’Pelé.

RECONVERSION :

Aussitôt en retraite Yegba Maya se laissera aller à l’embonpoint et cela ne l’arrangera pas d’acheter un bar-hôtel-restaurant à Puisserguier ( après avoir vendu un magasin ) et ainsi sa prise de poids lui amènera des problèmes de santé. Alors après avoir écouté son médecin qu’il lui avait conseillé de mettre un frein à son laisser-aller, le camerounais mettra son café en gérance avant de le louer au Crédit Agricole.

A l’arrêt de sa carrière Joseph passera également son diplôme d’Etat comme moniteur de football et en parallèle entraînera Roujan en DHR car il voulait donner aux jeunes ce que le foot lui avait apporté. Le club héraultais arrivera à monter en DH mais Maya préférera quitter son poste de coach afin de se consacrer à ses affaires sur Béziers.

En 1995 il recevra une proposition d’un ami de prendre les rênes de l’équipe première du club de Saint-Chinian. Après avoir accepté cette offre il réussira à faire monter son équipe de la première division jusqu’en DHR et à ce niveau il laissera ce fameux ami reprendre le relais qui lui accèdera à la CFA2 tandis que l’ancien joueur de Strasbourg s’occupera de la réserve saint-chinianaise.

Ensuite après s’être ressourcé un peu il coachera Montagnac où évoluait son gendre. Et son club fusionnera avec Les Cheminots mais cette association sera un vrai flop au point de dégouter le camerounais du football.

Il s’éloignera du ballon rond mais le suivra encore un peu grâce à son petit-fils qui jouait alors à Montagnac. Et son rêva absolu sera de voir la relève de la famille devenir professionnel.

PALMARES :

-1969 : Vainqueur de la coupe de France ( Marseille ).
-1972 : Champion de France de D2 ( Valenciennes ).

BILAN DE CARRIERE  :

-1962 à 1970 : Marseille ( France ) 202 matchs joués pour 103 buts de marqués.
-1970 à 1973 : Valenciennes ( France ) 102 matchs joués pour 61 buts de marqués.
-1973 à Déc 1974 : Strasbourg ( France ) 31 matchs joués pour 12 buts de marqués.
-Déc 1974 à 1976 : Béziers ( France ) 21 matchs joués pour douze buts de marqués.

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